Reverdin Consulting Briefings
February 2026
Marc Reverdin Par Marc Reverdin

Bonjour,

Lors d’une conversation avec l’un des concepteurs du prochain B20 américain, un esprit fin et expérimenté, j’ai pu constater la difficulté, pour un policy maker aguerri et conscient des besoins des entreprises autant que de la complexité de la négociation intergouvernementale, à construire un agenda commun susceptible de démontrer de réels progrès.

Choisir les sujets suivant le plus petit dénominateur commun c’est courir le risque qu’il n’en sorte rien de vraiment utile pour faire avancer la coopération internationale sur les vrais défis de notre temps. On pourrait s’en contenter si les principaux perdants de cette incapacité à travailler de concert n’étaient les peuples mêmes dont ces gouvernants ont la charge.

Il est frappant par exemple que le sujet de la santé globale, enjeu crucial qui concerne chaque être humain riche ou pauvre, ne puisse faire l’objet d’une discussion au niveau du G20, du G7 ou même de l’APEC. Aucun de ces formats n’ont inscrit de ministérielle santé dans leur agenda annuel, alors que les sujets classiques - finance, développement, ou tech, y figurent.

Les États-Unis, traditionnels garants de la coopération internationale et qui viennent d’entériner leur retrait de l’OMS, ne sont certes pas étrangers à cette curiosité. Comment construire une base de discussion si le consensus scientifique lui-même est remis en cause comme c’est le cas sur la question des vaccins ? Si l’origine de la pandémie de Covid19 est instrumentalisée dans une logique confrontationnelle et d’accusation réciproque ?

Quand la dernière déclaration onusienne sur la lutte contre les maladies non transmissibles, après avoir fait l’objet d’une longue négociation pour arriver à un consensus, est rejetée in extremis par la première puissance pharmaceutique mondiale ? Ou encore quand le sujet de l’accès à la santé est remis en cause par une approche des questions de développement subordonnée aux purs intérêts nationaux.

Les défis communs dans le domaine de la santé ne manquent pourtant pas : les maladies non transmissibles liées aux modes de vie, les maladies liées au vieillissement, le cancer et ses multiples formes, les maladies liées à la dégradation de l’environnement, les maladies liées au développement de la résistance microbienne, les maladies mentales à tous les âges de la vie etc. Et aussi l’accès aux médicaments, aux vaccins, aux soins de base, aux infrastructures.

Curieusement, un autre sujet semble cependant faire consensus : la sécurité alimentaire, qui est jugée digne de réunions ministérielles dans les trois formats évoqués : G7, G20 et APEC. Est-ce parce que 800 millions de personnes dans le monde souffrent encore d’insécurité alimentaire, ou que 50 millions d’entre elles se trouvent en situation d’urgence absolue ? La raison est autrement plus pragmatique : les gouvernements ont un intérêt objectif à maintenir à un niveau raisonnable de prix les denrées agricoles, dans un contexte mondial de lutte contre l’inflation. Aux États-Unis, c’est l’une des clefs des midterms.

C’est le seul espoir qui reste aux policy makers : parvenir sur chaque sujet - notamment sur la santé - à identifier un intérêt partagé de tous. Alors, peut-être, pourra-t-on inscrire le sujet à l’ordre du jour et chercher des solutions. Qu’attendent les intéressés ? De l’imagination ! Comme me disait mon interlocuteur américain, nous sommes vraiment rentrés dans une nouvelle époque, or, pour inventer un nouveau monde, il faut de la créativité !

À bon entendeur.

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